Alerte pour les requins

 

 

 

                                                            

 

 

 

 

 Révélations sur les menaces que l’Europe fait courir aux populations de

requins

 

Sonja V Fordham

Sommaire

Résumé 1

Introduction 3

Biologie et écologiedes requins 3

Les requins d’Europe 3

Utilisation des requins 3

Les captures et le commerce de requins en Europe 5                                                                                                      

Pêcheries européennes 4

Commerce européen des requins 8

La pêche aux requins hors de l’Europe par les

navires européens 8

Le statut des requins d’Europe 9

Les requins d’Europe et la Liste Rouge 9

Protection et gestion des requins 11

Le contexte mondial 11

Le contexte régional 13

La situation en Europe 13

Conclusions et recommandations 16

Références 16

Note sur la terminologie

Dans ce rapport, le terme « requins » est souvent employé pour désigner non seulement les différentes espèces de requins, mais aussi les raies, ainsi que les chimères trop souvent oubliées. Toutes ces espèces, dont la caractéristique commune est d’avoir un squelette cartilagineux, sont connues sous le nom de Chondrichtyens (forment la classe des Chondrichtyens). Cette définition du mot requin est généralement utilisée dans tous les documents internationaux relatifs aux politiques des pêches y compris dans le Plan d’Action International pour la Protection et la Gestion des Stocks de Requins de l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et dans d’autres documents cités ici en référence.

Note sur les informations relatives aux requins

Une évaluation correcte des menaces qui pèsent sur les requins est en général rendue difficile par les lacunes et/ou le manque de précision (sous- ou sur-estimation et mauvaise identification) qui caractérisent les informations relatives à la pêche des requins. Il serait nécessaire que les pêcheurs et les nations pratiquant la pêche améliorent la transmission de leurs données sur les captures de requins, le commerce et les rejets ; ces informations sont cruciales pour chaque espèce, mais sont rarement enregistrées à ce niveau de précision. Les informations sur l’évolution des populations manquent également trop souvent principalement en raison du manque de fonds consacrés à la recherche sur les requins.

Remerciements

Nos remerciements vont à :

Brian J Skerry, Neil Hammerschlag, Sarah Fowler, Enric Sala, Charlotte Mogensen, Claudine Gibson, Sarah Valenti, Xavier Pastor, Ricardo Aguilar and Marc Dando.

Membres fondateurs de Shark Alliance :

Autres membres de Shark Alliance :

Ce rapport est également approuvé par :

THE SHARK ALLIANCE – Alerte pour les requins – Janvier 2007

 

1

 Résumé

L’Europe joue un rôle déterminant en ce qui concerne la surexploitation , le gaspillage et la raréfaction des requins au niveau mondial. Malgré l’amélioration des instruments de gestion et une inquiétude croissante, les restrictions de l’Union Européenne (UE) sur l’enlèvement des nageoires de requins, pratique aussi connue sous le nom de finning

, restent parmi les plus faibles au monde et il n’existe aucun plan global de gestion des populations de requins en Europe. Parce que les requins ont un rôle majeur en tant que prédateurs dans les écosystèmes océaniques et parce que l’Europe a une forte influence sur les politiques mondiales des pêches, les réglementations de l’UE relatives à la pêche des requins jouent un rôle capital dans les océans du monde entier. Les requins étant particulièrement vulnérables à la surexploitation en raison de leur biologie (leur croissance est lente et ils ont peu de descendants), une mauvaise gestion peut rapidement aboutir au déclin des populations qui mettront des décennies à se rétablir.

Recherchés depuis des siècles pour différentes parties de leur corps, les requins d’Europe sont désormais recherchés principalement pour leur chair, leurs nageoires et leur huile, et sont capturés accidentellement par la plupart des pêcheries européennes. Un tiers des populations européennes de requins qui ont fait l’objet d’une évaluation sont désormais considérées comme menacées selon les critères de la Liste Rouge de l’UICN (Union mondiale pour la nature). 20% supplémentaires sont sur le point de le devenir. Des espèces telles que le chien de mer ou aiguillat, le requin taupe commun, l’ange de mer, le requin pèlerin, le requin-taupe bleu, le requin peau bleue, le requin marteau commun figurent sur la Liste Rouge ainsi que différentes espèces de requins des profondeurs et de raies.

Bien que les pêcheries ciblées de requins est fortement diminuées en Europe en parallèle du déclin des populations de requins, l’UE continue à jouer un rôle prépondérant au niveau mondial, que ce soit en ce qui concerne le nombre de captures, la quantité de requins consommés ou les transactions sur le marché international. L’Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni et la France font partie des 20 nations pêchant le plus de requins (responsables de 80% des captures mondiales). Les débarquements de requins ont globalement chuté ces dernières années pour les pays européens, excepté pour l’Espagne dont les captures ont augmenté de façon très importante. La population d’aiguillat de l’Atlantique Nord-Est, à forte valeur commerciale, a diminuée de plus de 95% ; La demande importante en produits issus de cette espèce en Europe conduit à la poursuite de pêcheries non durables dans le monde entier. En Europe, le requin pèlerin et le requin taupe commun, toujours recherchés pour leurs nageoires et leur chair, ne se sont pas encore remis de l’exploitation intensive du siècle dernier. Aujourd’hui, les navires européens qui pêchent le thon et l’espadon capturent une quantité non négligeable de requins pélagiques. Les pêcheries européennes ciblant, pour leur foie et leur chair, les requins de grand fond dont la croissance est exceptionnellement lente ont entraîné une diminution dramatique des populations ces dernières années. Autrefois objet d’une pêche dirigée, les requins et les raies constituent désormais principalement des captures accidentelles qui représentent la plus grande part des débarquements de requins de l’Atlantique Nord. Quelques populations locales de grandes raies de l’Atlantique sont considérées comme disparues.

On estime que le juteux marché mondial des nageoires de requins, utilisées pour préparer la « soupe à l’aileron de requin » en Asie, augmente de 5% chaque année. Durant la dernière décennie, la participation européenne au marché des nageoires à Hong Kong, principalement le fait de l’Espagne, est passée d’un niveau négligeable à pratiquement un tiers des importations totales déclarées. Cette participation de l’Europe est probablement sous-estimée dans la mesure ou, pour les bateaux européens travaillant hors des eaux communautaires, les débarquements de nageoires peuvent avoir lieu hors de l’Europe et être parfois attribués au pays de débarquement plutôt qu’au pays dont le bateau est originaire. Le requin marteau, le requin peau bleue, le requin taupe bleu, le requin pèlerin et l’aiguillat sont des espèces particulièrement importantes pour le marché des ailerons.

Le finning - pratique qui consiste à couper les nageoires des requins et à rejeter en mer le reste du corps - est la conséquence de la disparité entre la valeur élevée des nageoires et la faible valeur de la chair. Largement considérée comme une pratique non durable engendrant un gaspillage énorme, le finning a été interdit par de nombreux pays et organisations régionales de gestion des pêches. Ces interdictions donnent cependant souvent la possibilité de stocker séparément les nageoires et les carcasses à bord des bateaux, une correspondance théorique entre le poids des nageoires et celui des carcasses devant être respectée pour permettre le contrôle. Les Etats-Unis et d’autres pays ont adopté une correspondance généreuse de 5% du poids préparé (environ 2,5% du poids total). La réglementation

« Le finning – pratique qui consiste à couper les nageoires des requins et à rejeter en mer le reste du corps – est la conséquence de la disparité entre la valeur élevée des nageoires et la faible valeur de la chair.

européenne prévoit quant à elle un ratio plus élevé de 5% du poids total, permettant la capture d’un plus grand nombre de requins uniquement pour leurs ailerons. La réglementation européenne relative à l’enlèvement des nageoires autorise également de débarquer séparément les nageoires et les carcasses. L’ensemble de ces déficiences rend la réglementation totalement inutile et mine les efforts d’interdiction du finning dans le reste du monde.

Malgré les objectifs ambitieux de la Politique commune de la pêche de l’UE, il n’existe que très peu de restrictions pour la pêche des requins dans les eaux européennes, et aucune n’a été suffisamment efficace pour permettre aux populations de se reconstituer. Des limitations du niveau des captures sont imposées pour certaines espèces de la Mer du Nord mais elles sont régulièrement inférieures aux recommandations des scientifiques. Les pays européens n’ont pas non plus répondu à l’appel de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui, dans son Plan d’action international pour la protection et la gestion des stocks de requins de 1999, incitait à la mise en oeuvre de plans d’action nationaux et régionaux.

Nous demandons à la Commission européenne (CE), aux ministres de la pêche et aux ministres de l’environnement de tous les pays européens d’améliorer cette situation préoccupante en agissant pour :

 demander que les nageoires et les carcasses de requins soient débarquées en même temps et dans le même port ;

 réduire la correspondance entre le poids des nageoires et celui des carcasses fixée par l’UE à (ou en-dessous de) la norme internationale de 5% du poids préparé, ou demander que les requins soient débarqués intacts ;

 élaborer et mettre en oeuvre un plan d’action européen pour les requins plus ambitieux prévoyant des limitations préventives du niveau des captures basées sur les recommandations du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), ainsi que la protection des espèces menacées, la réduction des prises accidentelles, des plans de réhabilitation des espèces en danger et des plans de gestion pour les autres.

En travaillant à l’élaboration d’un tel Plan d’action européen, les pays européens devraient :

 adopter immédiatement et mettre en application les recommandations scientifiques relatives aux requins du CIEM ;

 s’attacher à ce que la mise en oeuvre de pêcheries plus ciblées et la collecte de données sur le marché des requins deviennent des priorités et faciliter l’évaluation du statut des différentes espèces sur des bases scientifiques à l’échelle des eaux européennes et des eaux adjacentes ;

 consolider leur législation nationale et les accords régionaux afin de protéger et préserver les espèces de requins figurant dans les traités de protection de la faune sauvage internationaux et régionaux, ainsi que les espèces considérée comme « En danger » ou « En danger critique d’extinction » ;

 encourager la mise en place immédiate de limitations du niveau des captures de requins dans les pêcheries internationales concernées, au travers des organisations régionales de gestion des pêches

 soutenir les propositions de l’Allemagne d’inscrire l’aiguillat et le requin taupe commun à l’Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES), et s’assurer du respect des contraintes liées aux inscriptions déjà effectives de certaines espèces de requins ainsi qu’au résolutions et décisions relatives aux requins adoptées par la CITES.

 Quelques mythes autour des requins

MYTHE : les requins sont des bêtes féroces qui peuvent se débrouiller toutes seules.

RÉALITÉ : En raison de leur croissance lente, de leur maturité tardive, de leur gestation longue et de leur faible taux de reproduction les requins sont parmi les animaux marins les plus vulnérables sur le plan de la biologie.

MYTHE : Il y a peu de requins dans les eaux européennes.

RÉALITÉ : Il n’y en a plus autant qu’avant, mais plus de 130 espèces de requins, raies et chimères fréquentent les eaux européennes. Globalement, beaucoup d’espèces sont en déclin, certaines ayant sérieusement diminué et certaines ayant déjà disparu localement.

MYTHE : la surexploitation des requins est un problème uniquement en Asie.

RÉALITÉ : l’Europe compte dans ses rangs quelques unes des nations les plus impliquées dans la pêche aux requins. C’est aussi en Europe que l’on trouve les populations de requins dont les effectifs ont le plus diminué et où la demande en chair de requin pour la consommation est la plus stable.

MYTHE : Même si la surexploitation des requins est un problème, je ne peux rien faire

RÉALITÉ : les préoccupations des citoyens, si elles sont relayées jusqu’aux décideurs, sont décisives pour faire évoluer les politiques en faveur de la conservation des requins en Europe et dans le monde ; en réalité, c’est peut-être leur dernière chance.

                                                                           Introduction

 

 

Contrairement à la croyance populaire, l’Europe à un impact déterminant sur le niveau mondial des captures de requins, ainsi que sur le marché international en exportant et en important des requins. Les timides réglementations sur les pêches (qui se caractérisent par très peu de mesures spécifiques aux requins) ont conduit l’Europe à être une des régions du monde ayant fait l’objet d’une évaluation où le statut des populations de requins est le plus alarmant. Les gestionnaires des pêches européens ont complètement ignoré les requins dans les négociations à l’échelle internationale, ou se sont battus pour des mesures aussi inefficaces en haute mer que dans les zones côtières.

 

          Biologie et écologie des requins

Les requins sont vulnérables

Les requins sont des poissons cartilagineux, mais leurs caractéristiques biologiques sont plus proches de celles des tortues de mer et des grands mammifères marins que de celles des poissons osseux

 

6. En général, ils ont une croissance lente, une maturité tardive, un faible taux de reproduction et une durée de vie élevée 4. Les populations de requins n’augmentent que très lentement, ce qui les rend extrêmement vulnérables à la surexploitation ; elles ont beaucoup de mal à se reconstituer une fois qu’elles ont été décimées 6. On compte par exemple parmi les cas extrêmes le requin sombre dont les femelles ne se reproduisent pas avant l’âge de 20 ans en Atlantique, l’aiguillat commun dont la durée de gestation est d’environ deux ans, le requin taureau qui ne donne naissance qu’à deux jeunes à la fois, ou encore le requin pèlerin dont la durée de vie est estimée à 50 ans6, 26. Afin de permettre une gestion efficace des pêcheries de requins et une exploitation durable de ces espèces, le principe de précaution doit être appliqué32

.

Rôle des requins dans l’environnement marin

La plupart des requins sont des prédateurs supérieurs, les plus grandes espèces ayant un impact significatif sur la taille des populations de proies et sur toute la structure et la composition de l’écosystème marin

 

6. Bien qu’il s’agisse de phénomènes complexes et difficiles à prévoir, la disparition de requins dans les écosystèmes marins peut avoir des conséquences écologiques et économiques importantes4. La disparition des requins tigres d’un écosystème tropical a par exemple engendré le déclin des populations de thons alors même que ces poissons ne constituaient pas une proie importante des requins et qu’on aurait donc pu penser que la taille de leurs populations allait augmenter. Ce déclin a finalement pu être expliqué par le fait que les requins tigres régulaient les populations d’autres espèces prédatrices des thons4

.

 Les requins d’Europe

Les eaux européennes abritent environ 70 espèces de requins, plus de 50 espèces de raies et sept espèces de chimères

. Les requins et les raies sont présents des eaux froides de la Mer du Nord jusqu’ aux eaux plus chaudes de Méditerranée, depuis les estuaires jusque dans les grandes profondeurs de l’océan. Leur taille est variable et peut aller de moins d’un mètre comme pour l’aiguillat commun à plus de 12 mètres dans le cas de l’immense requin pèlerin.

 

Les eaux européennes se caractérisent aussi par une grande variété de raies vivant sur le fond et par la présence de requins océaniques à sang chaud ultra-rapides. Ont y trouve également des raies pastenagues et le célèbre grand requin blanc. Peu d’Européens sont au courant que des espèces aux noms aussi fantaisistes que le pailona à long nez, le requin savate, le squale chagrin ou encore la raie fleurie, existent au large de chez eux. Beaucoup trop de ces espèces fascinantes sont cependant de plus en plus menacées.

 

 

 

 L’utilisation des requins

Pendant des siècles, les requins ont été recherchés pour leur viande, leur peau, l’huile de leur foie, leurs ailerons et leurs dents. Beaucoup plus récemment, c’est aussi pour le cartilage de leur squelette qu’ils ont été pêchés. Ils sont également recherchés par les pêcheurs sportifs. Bien que cette pêche sportive des requins existe et que la quantité importante d’huile que l’on peut tirer du foie de ces poissons est été et continue à être une des raisons pour lesquelles ils sont exploités en Europe (voir les paragraphes sur l’aiguillat, le requin pèlerin et les requins de profondeurs plus loin), la plupart des pêcheries européennes de requins perdurent pour répondre à la demande en ailerons et en chair pour la consommation.

La chair

L’Europe participe grandement au commerce de la chair de requins et est une grande consommatrice, en

particulier d’aiguillats, d’émissoles, de roussettes, de raies, ainsi que de requins taupe bleus et de requins taupe communs

 Les pays de l’UE, en particulier l’Allemagne et le Royaume-Uni continuent à être demandeurs d’aiguillat et contribuent donc à faire gravement diminuer les stocks de cette espèce. Une récente étude a montré que l’aiguillat en provenance du Royaume-Uni était le requin le plus cher sur le marché italien, les prix atteignant environ 10 US dollars le kg40. La chair a également une valeur élevée pour d’autres espèces telles que le requin taupe bleu, le requin renard et le requin taupe commun 36. Au milieu des années 1990, la France était le plus grand consommateur européen de chair de requin et de raie40, mais elle est aujourd’hui dépassée par l’Espagne et l’Italie (en prenant en compte à la fois les chiffres de la production, de l’importation et de l’exportation) 11.

La chair de requin est vendue fraîche, congelée, ou salée et séchée.

Les nageoires

Les parties les plus prisées d’un requin sont généralement ses nageoires appelées communément ailerons, qui constituent le principal ingrédient de la soupe à l’aileron de requin. Ce met traditionnel chinois coûteux est de plus en plus accessible et consommé compte tenu du nouvel essor économique de la Chine

 

10. L’ensemble des nageoires d’un requin peut coûter plus de 700 dollars américains le kilo26 et on estime que le marché mondial des nageoires de requins connaît une croissance de 5% par an11. Globalement, la participation de l’Europe au marché des ailerons de Hong Kong s’est accrue. Alors que les nageoires importées d’Europe ne représentaient qu’une part négligeable au début des années 1990, elles constituent aujourd’hui pratiquement un tiers des importations totales connues. L’Espagne est de loin le plus important exportateur d’ailerons au monde10

.

Des études de marché menées durant les trois dernières décennies ont montré que les espèces particulièrement prisées pour leurs nageoires n’étaient pas les même selon les régions. Cependant, le requin marteau figure régulièrement parmi les espèces les plus recherchées pour ses nageoires. Les ailerons des requins peau bleue et taupes bleus tiennent également une place importante dans ce marché, même si leur qualité n’est pas toujours très bonne

 

 

34,36. Parmi les autres espèces de requins de l’Atlantique Nord-Est appréciées pour leurs nageoires figurent le requin-hâ et le requin pèlerin. Une seule nageoire ce cette espèce a par exemple déjà atteint le prix de 10 000 dollars US 2. Les nageoires des aiguillats et autres espèces de chiens de mer sont généralement de moins bonne qualité, mais elles ont quand même alimenté le marché international des ailerons pendant des décennies et représentent toujours une part substantiel des nageoires en provenance d’Europe36

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Le finning

La différence importante entre le prix des nageoires de requins particulièrement élevé et celui de la chair incite à ne prélever les requins que pour leurs nageoires. Le finning – pratique qui consiste à couper les nageoires des requins et à rejeter les corps en mer – entraîne un gaspillage énorme des ressources, un taux de mortalité que les requins ne peuvent supporter et une dangereuse diminution de la taille des populations. Durant les 15 dernières années, un vaste mouvement de protestation contre le finning a permis la mise en place d’interdictions dans de nombreux pays et dans la plupart des eaux internationales.

Faire respecter les réglementations relatives à l’enlèvement des nageoires

La plupart des scientifiques pensent que la meilleure façon, et la plus efficace, pour rendre effectives les interdictions d’enlèvement des nageoires est de demander à ce que les requins soient débarqués intacts, avec leurs nageoires. Seul ce type de mesure peut également permettre d’améliorer la collecte des données caractéristiques à chaque espèce, nécessaires à l’évaluation du statut des populations

 

. Pour accorder une plus grande flexibilité aux pêcheurs, la plupart de ces interdictions donnent cependant la possibilité de stocker séparément les nageoires et les carcasses à bord des bateaux, une correspondance théorique entre le poids des nageoires et celui des carcasses devant être respectée pour permettre le contrôle.

Les USA ont développé leurs normes de correspondance entre nageoires et carcasses au début des années 90 en se basant sur des échantillons de requins préparés dans des conditions de pêche industrielle, et en collaboration avec des pêcheurs

 

 

30. Cette correspondance est le moyen de vérifier – après le traitement en mer – si le nombre de nageoires qui est débarqué correspond au nombre de carcasses à bord. Dans leur Plan de gestion des pêcheries de requins de l’Atlantique datant de 1993, les USA ont fixé une correspondance généreuse en considérant les mesures effectuées sur des requins gris dont les nageoires sont particulièrement grandes : 5% du poids préparé (poids après qu’on ait retiré la tête et les viscères) soit à peu près 2,5% du poids total. On a constaté que les nageoires des requins peau bleue ne pesaient que 3,74% du poids du corps préparé alors que ceux des requins marteaux halicornes ne pèsent que 2,39%30. Les scientifiques ont depuis confirmé que la valeur de 5% du poids préparé est une limite supérieure convenable pour des pêcheries de requin non spécialisées15.THE SHARK ALLIANCE – Alerte pour les requins – Janvier 2007

5

 Captures et commerce des requins en

  Europe

Pêcheries européennes

Quelques-unes des nations qui pratiquent le plus la pêche aux requins se trouvent en Europe

 

38. Entre 1990 et 2003, le total des captures de requins enregistrées dans le monde a augmenté de 22%, 80% de ces captures étant le fait de 20 pays (dont l’Espagne, le Portugal, le Royaume–Uni et la France). Au cours de cette même période, la part de l’Espagne dans le nombre total de requins capturés dans le monde est passée de 2% à 7,2%31. En 1997, l’Espagne a enregistré la plus grandes quantité annuelle de requins capturés au monde avec près de 100.000 tonnes11

.

Selon les données de la FAO, les pays de l’UE ont pêché près de 115 000 tonnes de requins (raies et chimères comprises) en 2004. L’Espagne est responsable de 45% de ces captures, suivie par la France (18%), le Royaume Uni (14%) et le Portugal (10,5%).

91% des requins capturés par l’UE ont été déclarés comme provenant de l’Océan Atlantique. Les requins et les raies sont capturés accidentellement à la palangre, à la senne ou au chalut ainsi que par d’autres types de filets ciblant d’autres espèces, mais font également l’objet de pêches dirigées

 

 

38. Toutes les pêcheries traditionnelles européennes ciblant des espèces de requins et de raies ont connu un déclin, conséquence de la surexploitation et de la diminution des populations35

.

Dans l’ensemble, les débarquements de requins capturés dans les eaux européennes ont diminué au cours de ces dernières années. La seule exception frappante est l’Espagne dont les débarquements ont été multipliés par huit ou neuf. Mais on ne parvient pas à savoir si cette augmentation est due à une meilleur transmission des données, à une augmentation du nombre de prises accidentelles conservées et exploitées, ou au fait que les requins sont recherchés de façon ciblée plus souvent

 

 L’aiguillat commun

L’espèce de requin la plus importante commercialement en Europe est l’aiguillat commun, aussi connu sous le nom de chien de mer

 

35. Recherché pour l’huile de son foie durant la première moitié des années 1990, l’aiguillat commun est désormais convoité pour sa chair22. Au Royaume-Uni, le chien de mer est vendu sous le nom de rock salmon (saumon de roche) ou « huss » et est utilisé pour la confection du traditionnel « fish and chips ». En Allemagne, la chair est vendue sous le nom de Seeaal (anguille de mer) et les nageoires ventrales sont fumées et servent à confectionner une spécialité appelée Schillerlocken36. En France, la chair d’aiguillat est vendue sous le nom de saumonette21

.

En Atlantique Nord-Est, l’aiguillat commun est présent du nord du Golfe de Gascogne jusqu’en mer de Norvège. Cette population est exploitée au large de l’Europe (principalement en Mer du Nord et en Mer d’Irlande) depuis le début du 20

 

 

ème siècle, d’abord par des navires britanniques et norvégiens, puis par des navires français et irlandais3. Les captures ont été relativement faibles jusque dans les années 30, après quoi des pêcheries régionales se sont développées avant que les niveaux de capture chutent brutalement lorsque les populations ont commencé à décliner. Les débarquements ont diminué de 50% entre 1987 et 199435. Ces dernières années, les quantités débarquées ont atteint environ 17% des niveaux les plus hauts atteints les années précédentes et 80% des captures ont été réalisées par le Royaume-Uni22. Alors que les débarquements d’aiguillats par la Norvège ont diminué jusqu’en 2003, les captures attribuées à la France, l’Irlande et le Royaume-Uni ont augmenté ce qui est un motif d’inquiétude31

.

L’aiguillat commun est également présent et pêché en Méditerranée et en Mer Noire, mais les quantités sont très inférieures et les chiffres beaucoup moins précis.

 

 

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